Une étude américaine montre le hashtag#chauffage au hashtag#bois n’est utilisé que par 2% des foyers américains. Pourtant, les cheminées seraient responsables de 485 000 tonnes de PM2.5, soit 28 % des émissions hivernales de particules fines : plus du double des émissions du secteur des transports. L’impact en termes de santé publique est majeur : environ 8600 morts prématurés par an ! Mon interview dans Atlantico.
Le chauffage au bois et les cheminées sont souvent présentés comme une solution écologique en France. À la lumière de la récente études américaine, peut-on encore défendre ce discours ?
Le chauffage au bois pose effectivement un risque majeur de santé public, même si cela semble contre-intuitif. Le bois est un matériau naturel, et on se chauffe avec lui depuis des centaines de milliers d’années… Malgré tout, les fumées de cheminées sont toxiques. C’est un peu comme comme le tabac. Ce n’est qu’une plante, tout à fait inoffensive dans la nature. Mais quand elle est brulée, la combustion génère des molécules très toxiques. Faire un feu de cheminée dans sa maison, c’est un peu comme allumer un cigare de la taille d’une buche, et en recracher la fumée autour de soi toute la soirée…
Et les chiffres sont énormes. En hiver, les cheminées représentent plus de 50 % de la pollution aux particules, soit bien plus que les émissions automobiles. La mortalité associée est difficile à séparer de la mortalité totale liée à la pollution de l’air qui est de l’ordre de 40 000 par an… D’où l’intérêt de l’étude américaine.
En France, le chauffage au bois représente plus de 40 % des émissions de PM2,5, alors qu’il ne concerne qu’une partie des foyers. Pourquoi cette source de pollution reste-t-elle largement absente du débat public, contrairement à la voiture ?
Une première explication à cette situation, c’est sans doute que l’idée est contre-intuitive, et que les cheminées semblent tellement sympathiques et inoffensives. Elles sont associées à des moments de convivialité, de bonheur. Et pourtant, elles tuent… Mais il y a aussi évidemment des enjeux politiques. Le premier est que certains militants politiques (à gauche) préfèrent taper sur la voiture. C’est tellement pratique d’avoir un ennemi que l’on peut dénigrer. A l’inverse, les usagers des cheminées sont beaucoup plus variés, géographiquement ou sociologiquement. Ce pourrait être vous ou moi ; c’est un peu monsieur ou madame tout-le-monde.
Le deuxième problème politique, c’est qu’il est difficile de proposer des solutions efficaces contre cette pollution. Il y a 10 ans, Anne Hidalgo et Segolène Royal s’étaient opposées sur ce sujet : la première voulant interdire les feux de cheminée, la seconde voulant les autoriser. Mais comment faire concrètement ? On ne va pas envoyer la police chez les gens pour regarder comment ils se chauffent – enfin, j’espère !
Les normes ou labels actuels (Flamme Verte, EcoDesign) suffisent-ils à protéger la population ?
Les normes actuelles, en particulier le label Flamme verte, sont une étape importante, et elles permettent d’encourager une évolution globale de la filière, une amélioration des dispositifs. Ce dernier a été co-construit avec l’ADEME, Agence de l’environnement et de lamaîtrise de l’énergie. Mais il présente deux imperfections. La première est de reposer sur une méthode un peu datée de mesure des particules. Il mesure la masse et non pas le nombre de molécules, et donc sous évalue proportionnellement les molécules les plus petites, qui sont en fait les plus dangereuses. La deuxième est de reposer sur des études en laboratoire, alors que la diversité des conditions réelles d’utilisation impacte énormément sur les performances des dispositifs (qualité du bois, humidité, type de chauffe…)
4- Comment expliquer que l’État subventionnait massivement le chauffage au bois via MaPrimeRénov’, gelée pour le moment mais qui devrait être réactivée après la validation du budget, alors même que des territoires comme la vallée de l’Arve ou certaines zones rurales voient leur qualité de l’air se dégrader à cause de cette pratique ?
Comment expliquer que l’État subventionnait massivement le chauffage au bois via MaPrimeRénov’, alors même que des territoires comme la vallée de l’Arve ou certaines zones rurales voient leur qualité de l’air se dégrader à cause de cette pratique ?
Pendant longtemps, le bois-énergie, comme on l’appelle parfois, a bénéficié d’une image positive en matière climatique. Certains calculs montraient que si le bois était issu de forêts durables, sont impact carbone était très faible – s’il remplaçait du gaz ou du fioul, il permettait de diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Désormais, ces calculs sont remis en cause ; et, trop souvent, le bois utilisé provient de sources non durables, parfois à l’autre bout de la planète, et ce bilan carbone est donc plus mauvais que prévu.
Pour ce qui est de la vallée de l’Arve, c’est le lieu d’expérimentation d’un dispositif important, appelé le « fonds air-bois ». L’idée est d’aider les utilisateurs du bois à diminuer leurs émissions en les aidant à remplacer les cheminées classiques dites « foyers ouverts » par des dispositifs améliorées dits « fermés » comme des poêles ou des inserts. On passe ainsi de 15% à presque 80% d’efficacité thermique, ce qui est énorme. L’idée de départ était bonne. Mais il y a plein de subtilités qui complexifient sa mise en œuvre…
Faut-il aller vers des restrictions plus fermes – voire des interdictions locales du chauffage au bois – au nom de la santé publique ?
Il est absolument indispensable de mettre en place des dispositifs pour diminuer les émissions toxiques liées au chauffage au bois. Mais lesquels ? Des interdictions qui ne seraient pas applicables ou qui enfermeraient des gens dans l’illégalité sans leur offrir d’alternative, des dispositifs qui seraient socialement injustes (le bois est souvent utilisé par les ménages les plus pauvres), ou d’autres qui seraient détournés de leur intention initiale ne sont évidemment pas souhaitable. Des campagnes d’information sont nécessaires pour aider à la prise de conscience sur ce sujet encore une fois contre-intuitif. Mais leur efficacité et surtout leur efficience (par rapport à leur coût) doivent être évalués. Bref, il faut agir mais il n’y a pas de recette magique.
Olivier Blond
Interview publiée dans Atlantico le 11 février 2026 – https://atlantico.fr/article/decryptage/cette-habitude-hivernale-commune-qui-tue-silencieusement-des-milliers-de-personnes-chaque-annee-olivier-blond
